Articles internationaux sur NGUYEN THIEN DAO

Bài tiếng Pháp: Nguyễn Thiện Đạo trong ghi chú của nhà soạn nhạc Claude Samuel

Le blog-notes de Claude Samuel

La classe de Messiaen – Le triomphe d‘un inconnu – Le drame des Enfants d’Izieu – L’Orchestre de Paris en Argentine – Les Fleurs Bleues d’Andrzej Wajda

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Admiré par Messiaen, révélé jadis par le Festival de Royan, Nguyen Thien Dao (1940-2015) assuma sa double culture : française et vietnamienne. DR

Le compositeur Nguyen Thien Dao, auquel le CRR (Conservatoire à rayonnement régional de Paris) vient de rendre hommage dans le cadre de la classe de composition de Suzanne Giraud, fut dès sa jeunesse une victime collatérale des guerres et des révolutions qui ont secoué le sud-est asiatique. Il avait treize ans lorsque sa famille s’installa à Paris — « un saut dans un monde totalement différent, dira-t-il, mais précisément passionnant parce que, pour nous vietnamiens, la France représente le pays de la liberté, des droits de l’Homme. » Et c’est entre les murs de l’établissement précité (à l’époque Conservatoire national supérieur de musique, sis rue de Madrid) qu’il sera l’un des nombreux élèves de la classe mythique d’Olivier Messiaen. À Dao, ainsi qu’il est révélé dans le livre d’Isabelle Massé publié en 2014 au Editions Van de Velde, Messiaen avoua d’emblée : « Je regrette de ne pas être né asiatique. » Plus tard, l’auteur des Sept Haïkaïs dira la fascination qu’il ressentit dès son premier voyage au Japon. Des paysages au sukiyaki, en passant par le Nô et le Gagaku.

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Olivier Messiaen (avec son écharpe multicolore) et Yvonne Loriod devant les lanternes de pierre de Nara DR

Une ovation
Au-delà de sa curiosité, peu pratiquée à l’époque dans le corps enseignant de la maison, Messiaen tenait à suivre la carrière naissante de ses jeunes élèves et c’est ainsi qu’il attira mon attention sur la personnalité de Dao au moment où j’organisais le programme du sixième Festival de Royan ; s’ensuivit une commande et la création mondiale de Tuyen-Lua pour flûte, quatuor à cordes, piano et percussion le 31 mars 1969 dans la salle de concerts du Casino. Messiaen était là, d’autant que la finale du Concours qui porte son nom s’était déroulée quelques heures auparavant dans cette même salle. Et ce fut une ovation qui salua la première œuvre jouée en concert de ce compositeur inconnu. Tel était le jeune public du festival : vibrant, enthousiaste et bruyant, tant dans ses acclamations que dans ses huées… C’est à cinq cents kilomètres de Paris, dans cette petite station balnéaire, que se lançait alors la carrière d’un nouveau créateur.

Vingt-cinq ans plus tard, connaissant bien le tempérament dramatique de Dao et son histoire, à mi-chemin entre l’art et la politique, je lui ai proposé de composer sur le texte de Rolande Causse Les enfants d’Izieu, un « opéra-oratorio » de quelque soixante-quinze minutes qui fut créé à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon le 17 juillet 1994. Hommage aux quarante-quatre enfants juifs qui furent arrêtés par la Gestapo dans la maison d’Izieu et assassinés au camp d’Auschwitz. Dans le texte qui accompagne le CD enregistré sous la direction de Sylvio Gualda par la Maîtrise et l’Orchestre Philharmonique de Radio-France, Samuel Pisar « rescapé d’Auschwitz » évoque « tous ces enfants qui n’auront jamais étudié, tous ces savants qui n’auront jamais inventé, tous ces virtuoses qui n’auront jamais joué, tous ces écrivains qui n’auront jamais écrit, tous ces esprits, tous ces talents, qui auraient tant enrichi notre monde. »

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Les enfants d’Izieu, quelques jours avant la rafle… On ne saura jamais avec certitude le nom des dénonciateurs. DR

Marche funèbre
Toute l’histoire du XXe siècle est là pour nous démontrer que musique et politique ont partie liée. En Europe, certes, de Berlin à Moscou, mais aussi en Amérique latine – ce que nous rappelle dans son Trauermarsch (référence à la marche funèbre de la Cinquième Symphonie de Gustav Mahler) l’ouvrage du musicologue Esteban Buch, publié il y a quelques mois aux Editions du Seuil. Sous-titre : « L’Orchestre de Paris dans l’Argentine de la dictature ».

Formidable relation de la tournée que l’Orchestre de Paris fit en Argentine (et au Brésil) en 1980, sous la direction de Daniel Barenboïm. La tournée de tous les dangers, censée améliorer les relations entre la France et l’Argentine après l’assassinat de deux religieuses françaises. Mais « les musiciens de l’Orchestre de Paris ne peuvent pas ignorer qu’ils vont là-bas s’asseoir sur les chaises vides des musiciens argentins disparus et qu’on va leur faire jouer de la musique pour couvrir le silence de la mort. » Or, l’Argentine, cette dictature militaire, est le pays natal de Daniel Barenboïm, également celui d’Esteban Buch (et du pianiste Miguel Angel Estrella, et de Mauricio Kagel, largement et à juste titre cité dans la deuxième partie du livre).

Pris au piège !
Pendant ces quelques journées, on jouera beaucoup au chat et à la souris – d’un côté des musiciens qui font leur métier, de l’autre des artistes pris au piège de la réception officielle. « S’ils croient pouvoir une fois de plus séparer art et politique, ils se trompent. Que cela leur plaise ou non, ils partent faire de la politique, une politique, une seule, celle du pouvoir qui les reçoit, qui les expose, qui les affiche. »

L’artiste doit-il transiger ou résister ? On connaît la réponse, sous Franco, de Pablo Casals. On sait également ce que vécurent les musiciens allemands sous le nazisme, les compositeurs et interprètes russes sous Staline. Musiciens, écrivains, peintres. Dans ce même registre, un film emblématique est actuellement sur vos écrans : Les Fleurs Bleues, film-testament d’Andrzej Wajda. Une histoire bouleversante, magnifiquement détaillée, qui nous rappelle les horreurs du communisme subies de Moscou à Varsovie. C’était au dernier siècle. Les horreurs se sont déplacées…

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Retrouvez la chronique de Claude Samuel
dans le magazine Diapason de février 2017 :

« Ce jour-là, 25 octobre 1893 :
la mort de Piotr Ilytch Tchaïkovski »

Source: http://blogsv2.qobuz.com/claude-samuel/2017/02/24/le-blog-notes-de-claude-samuel-laclassedemessiaen-letriomphedun-inconnu-ledrame-des-enfants-dizieu-lorchestre-de-paris-en/

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